21 mai 2008
19 mai 2008
Dans L'Equipe de ce matin, à propos de la diffusion en multiplex de la 38e journée de L1 par Canal Plus :
Lors de cette folle soirée, la chaîne a eu le nez creux à sept reprises, se trouvant sur le bon stade pour montrer le but (dont trois penalties).Ils sont marrants, à L'Equipe. On rappelle que 43 buts ont été marqués lors de cette 38e journée, qui a vu 10 matchs se dérouler en parallèle. Que se trouver sur le "bon stade" quand un penalty est tiré relève de la logique élémentaire et ne saurait donc rien nous apprendre sur la complexion nasale des réalisateurs de la chaîne cryptée.
En enlevant les 3 penalties transformés, il reste donc 4 buts en direct sur 40 marqués. Soit 1 sur 10. Exactement la proportion à laquelle on pouvait s'attendre, en moyenne, si le passage d'un stade à l'autre avait été déterminé de façon complètement aléatoire. Vous avez dit "nez creux"?
30 avril 2008
Il y a des jours où j'aime beaucoup la blogosphère.
Ca a commencé hier, en fait, avec la publication sur le site de Têtu d'un court article indiquant qu'un Français résidant aux Pays-Bas avait été déchu de sa nationalité française après s'être marié avec un ressortissant batave et acquis la nationalité néerlandaise. Comme on pouvait s'en douter, l'article est aussitôt repris ce matin chez Embruns.
Branle-bas de combat dans la blogosphère juridique, Eolas appeaute ses taupes, tease à tout va en commentaires et... se fait coiffer au poteau vers 12H par Jules de Diner's Room.
Du moins le croit-on jusqu'à 14H, heure à laquelle Eolas publie son analyse des faits et soulève à l'occasion un énorme lièvre : la Convention du Conseil de l'Europe sur la réduction des cas de pluralité de nationalités (signée à Strasbourg en 1963), sur laquelle tout le monde s'écharpe depuis le matin, a été partiellement dénoncée par la France depuis le 4 mars dernier. Et, explique Eolas, pour une raison très simple : elle faisait obstacle à une naturalisation rapide de l'épouse du Président! S'ensuit une critique de la façon dont les Présidents français s'ingénient à tourner la loi pour leur convenance personnelle.
Voilà qui est savoureux et scandaleux à la fois. Mais est-ce exact?
Je l'ai déjà dit en commentaire chez Eolas (et j'ai
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Reprenons les faits. La thèse de la dénonciation pour convenance personnelle avancée par Eolas repose sur deux éléments :
- la proximité temporelle entre le mariage du Président (le 2 février 2008, pour ceux qui ne sont pas abonnés à Gala) et la dénonciation le 4 mars 2008 par la France du chapitre 1 de la convention de 1963 ;
- l'impossibilité de concilier une naturalisation de Mme Bruni-Sarkozy dans des délais raisonnables avec la préservation de la double nationalité de la nouvelle épouse du Président, en raison de la combinaison des stipulations de la convention de 1963 et du code civil français tel que modifié par la loi relative à l'immigration et à l'intégration du 24 juillet 2006. Comme Sarkozy président n'allait pas modifier une loi promue par Sarkozy ministre de l'intérieur pour se sortir d'affaire, la dénonciation du traité international était l'option la plus logique.
A/ L'absence de choix dans la date
Le premier argument se trouve sensiblement affaibli par le fait que la dénonciation était envisagée depuis longtemps, comme le rappelle une réponse du ministre des Affaires étrangères au député Jean-Luc Warsmann publiée au JO du 20 février 2007 (pdf - p 100) :
Plusieurs États parties à la convention de 1963, dont la France, ont émis le souhait de pouvoir ne plus être liés par le chapitre I de cette dernière, tout en conservant les dispositions du chapitre II relatif aux obligations militaires en cas de pluralité de nationalités. La mise en oeuvre du chapitre I est difficile et son esprit n'est plus en rapport avec l'évolution de nos sociétés. La convention de 1963 ne prévoit pas cette faculté unilatérale de dénonciation partielle. Mais, selon le droit des traités, une dénonciation partielle de la convention, portant sur le seul chapitre I relatif à la réduction des cas de pluralité de nationalités, est possible avec l'accord exprès de toutes les parties. À cet effet, le secrétaire général du Conseil de l'Europe a proposé le 5 mars 2003 aux douze États parties un accord sur l'interprétation de la convention afin d'en permettre la dénonciation partielle. Dix d'entre eux, dont la France, ont donné formellement leur aval. L'unanimité étant requise, la dénonciation partielle ne pourrait prendre effet qu'après réception de l'accord des autres États.Cette unanimité a en fait été atteinte à l'époque de la publication de cette réponse au JO et la dénonciation partielle de la convention a été admise par un accord d'interprétation certifié par le Secrétaire général du Conseil de l'Europe le 2 avril 2007.
B/ Tous les chemins mènent à Rome (sauf demande expresse contraire)
Le second argument ne m'apparaît pas davantage convaincant. Il me semble, en effet, que Carla Bruni-Sarkozy peut toujours sans difficultés conserver sa nationalité italienne en cas de naturalisation expresse.
Résumons la situation juridique actuelle, c'est-à-dire le régime encore en vigueur résultant de l'addition de la loi française, de la loi italienne et de la convention de 1963 amendée (à laquelle la France est partie jusqu'au 5 mars 2009, la dénonciation ne prenant effet qu'après un délai d'un an) :
1. Le Code civil français (art. 21-14-1 à 21-25) envisage plusieurs cas d'acquisition de la nationalité française sur décision de l'autorité publique, à la demande d'un ressortissant étranger. Il ne fait guère de doute que, si Carla Bruni-Sarkozy en exprimait le souhait, elle obtiendrait sans difficulté cette naturalisation.
Et ce d'autant plus qu'elle réside depuis plus de 5 ans en France, ce qui permet à l'autorité publique d'utiliser la procédure discrétionnaire de droit commun, au lieu de se risquer à employer des procédures spéciales qui allègent ou suppriment cette condition de résidence, mais pour des cas forcément plus spécifiques (ainsi de "l'étranger dont la naturalisation présente pour la France un intérêt exceptionnel").
2. Mais il y a un gros hic. L'article 1 de la convention de Strasbourg (à laquelle tant la France que l'Italie sont parties) prévoit qu'une telle naturalisation entraîne automatiquement la perte de la nationalité d'origine :
Les ressortissants majeurs des Parties contractantes qui acquièrent à la suite d'une manifestation expresse de volonté, par naturalisation, option ou réintégration, la nationalité d'une autre Partie, perdent leur nationalité antérieure; ils ne peuvent être autorisés à la conserver.3. Par chance, le deuxième protocole portant modification de cette convention, signé en 1993 et auquel tant la France que l'Italie sont parties, prévoit trois cas où il est possible de déroger à cette règle. Deux nous intéressent particulièrement. Le premier, c'est l'hymen :
en cas de mariage entre ressortissants de Parties contractantes différentes, chacune de ces Parties peut prévoir que le conjoint qui acquiert la nationalité de l'autre conjoint, à la suite d'une manifestation expresse de volonté, conserve sa nationalité d'origine.Par malheur, la loi du 24 juillet 2006 relative à l'immigration et à l'intégration, défendue par vous-savez-qui, a porté à quatre années la durée de vie commune nécessaire après le mariage pour que le conjoint étranger puisse acquérir la nationalité française par déclaration. Cette voie est donc bouchée pour Carla jusqu'au début 2012.
La seconde dérogation concerne les cas de résidence habituelle sur le territoire du pays dont la nationalité est acquise :
lorsqu'un ressortissant d'une Partie contractante acquiert la nationalité d'une autre Partie contractante sur le territoire de laquelle soit il est né et y réside, soit y a résidé habituellement pendant une période commençant avant l'âge de 18 ans, chacune de ces Parties peut prévoir qu'il conserve sa nationalité d'origine.Carla Bruni, qui réside en France depuis l'âge de 5 ans, entre clairement dans le champ d'application de cette stipulation. Reste à savoir, comme le souligne Eolas, ce que prévoit le droit italien en pareil cas.
4. Les grands principes du droit italien de la nationalité sont fixés par la loi du 5 février 1992, relative aux "nouvelles règles concernant la citoyenneté". Son article 11 dispose :
Il cittadino che possiede, acquista o riacquista una cittadinanza straniera conserva quella italiana, ma puo' ad essa rinunciare qualora risieda o stabilisca la residenza all'estero.Je tente la traduction : "le citoyen qui possède, acquiert ou recouvre une nationalité étrangère conserve sa nationalité italienne, mais il peut renoncer à cette dernière au cas où il réside ou établit sa résidence à l'étranger".
On ne saurait être plus clair : la double nationalité est la règle et la perte de la nationalité italienne une exception, qui résulte de la demande expresse de l'intéressé.
Bien sûr, le droit international prime la loi nationale (l'article 26.3 de la loi italienne rappelle que "Restano salve le diverse disposizioni previste da accordi internazionali") et les restrictions apportées par la convention de 1963 s'appliquent. Mais la combinaison de la loi italienne de 1992 et de la dérogation permise par le second protocole de 1993 fait que la naturalisation de Carla Bruni-Sarkozy ne menace en aucun cas sa citoyenneté italienne.
Dès lors, le mobile est tout aussi absent que la coïncidence temporelle était fortuite : la dénonciation partielle de la convention de 1963, qui entraînera la non-application des stipulations du chapitre 1 à partir de mars 2009 pour la France, ne change rien à la situation personnelle de l'épouse du Président.
Je sais bien qu'Eolas est... têtu, mais, en l'espèce, il me semble qu'il doit des excuses à notre impopulaire Président.
Add. (01/05) : titre modifié. En mieux.
C'est marrant, mais je ne connais que deux types de notes : celles où le titre vient d'abord, ce qui oblige à se creuser la tête pour livrer quelques réflexions plus ou moins originales pour illustrer et justifier le calembour foireux qu'on ne se résigne pas à laisser inutilisé. Et celles où le fond préexiste, et dont la publication est retardée par des longues minutes passées à chercher un titre qui sorte un peu de l'ordinaire. L'exercice est vain, généralement, et le titre idoine arrive presque toujours après publication, en redescendant l'escalier.
24 avril 2008
Sarko, ce soir (je paraphrase) : "en 2008, ce sera la première fois depuis 10 ans que la croissance française sera supérieure à celle de l'Allemagne".
Hum... non.

De manière générale, le commentariat français a tendance à oublier bien vite, obnubilé qu'il est par le commerce extérieur, à quel point les performances économiques de l'Allemagne ont été mauvaises depuis le milieu des années 1990 (même en PIB/h comparé à la France).
Et à surinterpréter des phénomènes de régression vers la moyenne.
Add. (26/04) : un charitable lecteur aurait-il l'amabilité de me transmettre l'article de Mediapart qui pointe vers ce billet? Merci d'avance.
Add. (28/04) : merci au blogueur influent qui m'a transmis l'article.
12 avril 2008
Le "rendez-vous des retraites" prévu par la loi de 2003 oriente presque inévitablement la discussion vers le déficit prévisionnel du régime de retraites pour les années à venir, et sur les trois leviers sur lesquels il est possible d'agir pour restaurer l'équilibre financier : hausse des cotisations, baisse des pensions ou allongement de la durée de cotisations. A moins...
A moins de proposer de changer franchement le régime actuel (ou plutôt les régimes actuels) de retraite par répartition en France. C'est ce que font Thomas Piketty et Antoine Bozio dans une étude (pdf) qui vient de paraître, et dont les principaux éléments sont repris dans une (très dense) tribune publiée dans Le Monde daté d'aujourd'hui. Leur proposition, qui s'inspire de la réforme mise en place en Suède en 1998, est très intéressante. Et l'étude passionnante, en plus d'être agréable à lire, à condition de ne pas trop s'offusquer de la tragique et répétée coquille qui me fournit une partie du mauvais titre de cette note.
Comme je sais que tous mes lecteurs n'iront pas lire l'intégralité de l'article en question (69 pages quand même), je me propose de leur présenter une synthèse de la proposition de réforme, des avantages qu'elle présente et des critique qu'on peut lui opposer. En espérant obtenir les réactions de l'un au moins des auteurs (cough cough).
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A. La proposition Piketty-Bozio en 4 points (et une image)
Pour être synthétique, et si possible simple :
1. Les auteurs proposent la création d'un régime unique de retraite par répartition, financé par une cotisation de 25% sur le salaire brut jusqu'à 2 fois le plafond de la sécurité sociale (plafond qui est de 33 276 € en 2008, soit 2 773 € par mois). Si le système était en place aujourd'hui, les cotisations seraient donc dues sur les salaires bruts jusqu'à un plafond de 5 546 € par mois.
2. Les cotisations versées par chaque salarié au cours de sa carrière sont accumulées (virtuellement) sur un "compte notionnel". Ces sommes portent intérêts (virtuels), le taux d'intérêt réel appliqué correspondant au taux d'évolution de la masse salariale brute, que les auteurs estiment à 2% sur longue période.
Ok, j'avais promis de la simplicité. Pour vraiment clarifier les choses, voilà, en image reprise dans un remarquable rapport du Sénat, comment les choses se présentent en Suède, qui a mis en place en 1998 un système de comptes notionnels (laissez tomber les "gains hérités" et le "coefficient de conversion" pour l'instant).

3. L'âge minimum de liquidation de la pension est de 60 ans, la sortie ne peut se faire qu'en rente viagère et la pension annuelle est calculée en divisant le "capital" accumulé sur le compte par le nombre d'années d'espérance de vie moyenne à l'âge de la liquidation. L'âge effectif de départ dépend donc, pour chaque individu, arbitrage entre la durée de la retraite et son montant (plus le départ est tardif, plus la retraite sera élevée).
4. Un dispositif distinct, financé sur le budget de l'Etat, permettrait de maintenir un minimum vieillesse pour ceux qui auraient une pension trop faible en raison de cotisations insuffisantes.
B. Davantage d'avantages...
Le système proposé offrirait quatre avantages principaux :
Simplicité : le mode de calcul du montant de la retraite est plus simple, voire beaucoup plus simple, que ceux en vigueur dans les différents régimes actuels. Ainsi, l'abandon du système par annuités permet de se passer des peu lisibles (et souvent peu équitables) systèmes de surcote et de décote.
Le regroupement des différentes caisses de retraites permet également de simplifier grandement la gestion du régime, avec des économies potentielles à la clé.
Transparence : le système de compte notionnel autorise chaque cotisant à connaître régulièrement (les auteurs proposent a minima un relevé annuel) le montant total des cotisations retraite qu'il a versé au cours de sa carrière et la pension qu'il peut espérer toucher au moment de la liquidation. Le système explicite ainsi le lien entre cotisations et pension, comme dans un régime par capitalisation.
Equité : la réforme proposée fonctionne selon le principe "à cotisations égales, retraite égale" et permet de mettre fin à trois grandes inégalités du système actuel :
- le système par annuité désavantage les carrières longues (ceux qui ne peuvent pas liquider leur pension même en ayant atteint les 40 ans de cotisation car il n'ont pas encore 60 ans), même après les ajustements de la loi Fillon de 2003. En d'autres termes, les ouvriers qui ont commencé à travailler à 16 ans subventionnent les cadres qui ont commencé à 25.
- la multiplicité des caisses et des règles de liquidation se traduit par des pensions différentes en fonction des profils de carrière : ainsi, il vaut mieux commencer dans le privé et finir dans la fonction publique (calcul de la pension sur les 6 derniers mois de traitement) que le contraire (calcul sur les 25 meilleures années); de même, les règles applicables aux retraites publiques (il faut un minimum de 15 ans de cotisations pour pouvoir liquider sa pension) pénalise très fortement ceux qui effectuent des passages de courte durée dans la fonction publique.
- le mode actuel de calcul des retraites favorise ceux qui ont une carrière ascendantes (en raison de la référence aux 25 meilleures années, et a fortiori aux 6 derniers mois) par rapport aux carrières "plates". Là encore, le système actuel est anti-redistributif, dans la mesure où les cadres connaissent, en moyenne, une évolution salariale beaucoup plus forte au long de leur carrière.
Soutenabilité financière : les pensions reçues correspondent à la somme des cotisations versées à laquelle s'ajoute un rendement correspondant à l'évolution moyenne des salaires. Pour peu que l'évolution de la masse salariale ne soit pas totalement discontinue, le système est par définition équilibré sur le long terme. En cas de "bosse démographique" type baby-boom, il suffit de mettre en réserve l'excédent de cotisations pour assurer le paiement effectif des pensions quand la génération de taille plus importante arrivera à l'âge de la retraite (je renvoie à l'annexe 1 de l'étude, p 65, pour un discussion détaillée et formalisée de l'équilibre financier du système).
Si l'on reprend les 3 leviers permettant d'équilibrer le système actuel (hausse des cotisations, hausse de la durée de cotisation, baisse des pensions), l'ajustement se fait ici en forçant chaque cotisant à choisir entre une durée de cotisation plus longue et une pension plus faible, le taux de cotisation restant fixe. Le mode de calcul de la retraite permet en outre, contrairement au système d'actuel, d'ajuster automatiquement le niveau des pensions en fonction de l'allongement de l'espérance de vie.
Pour mes lecteurs anti-étatistes, je signale enfin que le système proposé se traduirait, ceteris paribus, par une légère baisse des prélèvements obligatoires, les cotisations étant plafonnées à 25% du salaire brut (on suppose que la masse salariale / PIB est constante sur longue période) et versées jusqu'à 2 fois le plafond de la sécurité sociale, contre 8 fois (!) aujourd'hui dans le système Agirc.
C. Il n'y pas de repas gratuit
Le système proposé présente donc énormément de qualités, dont la moindre n'est pas de promettre de restaurer la confiance dans la justice et la pérennité du système de retraite par répartition en France.
Je vois quand même trois obstacles politiques majeurs à l'adoption d'une telle réforme.
1. Le changement de système supprime la notion de taux de remplacement, en faisant dépendre la pension versée non plus des 25 meilleures années (régime général). L'application du principe "à cotisations égales, retraite égale" est indéniablement un progrès du point de vue de l'équité.
Le problème est que les salariés qui partiront à la retraite continueront forcément à raisonner en taux de remplacement par rapport à leur dernier salaire. Et que le système proposé par Piketty et Bozio aboutit inévitablement à faire varier fortement le taux de remplacement effectif en fonction du profil de carrière : les salariés qui auront connu une progression rapide de leur salaire connaîtront ainsi une chute brutale de leur niveau de vie au moment du départ en retraite (voir les simulations p 67 de l'étude).
Encore une fois, du point de vue de l'équité, le passage d'un système à prestations définies à un système à cotisations définies me semble parfaitement défendable. D'autant qu'on peut supposer que les individus qui perdraient le plus au changement de système sont aussi ceux qui ont le plus de possibilités de se constituer une épargne retraite individuelle pour augmenter leur pension. Et il est clair que la réforme de 1993, qui aboutit à calculer la pension sur les 25 (et non plus les 10) meilleures années dans le régime général, a déjà largement distendu le lien entre le dernier salaire et le niveau de la retraite.
Mais il ne faut pas oublier que le contrat implicite au coeur du système français de retraite est la garantie, à condition d'une durée de cotisation suffisante, de toucher une pension qui minimise la baisse de niveau de vie au moment de la retraite. Abandonner totalement ce principe est porteur de fortes oppositions politiques potentielles.
2. Une refonte aussi ambitieuse ne peut évidemment entrer en vigueur du jour au lendemain. Les auteurs proposent une mise en place progressive sur une quinzaine d'années : en fonction de l'année de départ en retraite, une part de plus en plus importante de la pension liquidée serait ainsi calculée en fonction du nouveau système. Cette phase de transition est inévitable. Mais elle porte en elles deux risques importants.
D'une part, la coexistence de deux systèmes révèlera les gagnants et les perdants de la réforme : si ma retraite est calculée à 50% selon l'ancien système et à 50% selon le nouveau, est que je touche 750 € par mois au titre du premier et 650 € au titre du second, je comprends rapidement que le changement ne m'est pas très favorable...
D'autre part, elle introduit (certes temporairement) une complexité supplémentaire dans le calcul des pensions, alors que la grande promesse de la réforme est précisement de le simplifier.
3. L'aspect le plus critique, politiquement, concerne à mon sens la question des retraites des fonctionnaires. On le sait, le régime de retraite de la fonction publique est globalement plus favorable que le régime général, notamment parce qu'il calcule le taux de remplacement sur les 6 derniers mois du traitement.
Cela ne veut pas nécessairement dire que les fonctionnaires soient "privilégiés" : le salaire est plus faible, à niveau de qualification égale, dans la fonction publique que dans le secteur privé, et un acteur économique rationnel devrait être indifférent, à flux de revenus actualisés équivalents, entre une offre {salaire plus élévé; retraite plus faible} et une offre {salaire plus faible; retraite plus élevée}.
En tout état de cause, le passage à un système de comptes notionnels ferait baisser considérablement la pension des fonctionnaires. Les auteurs proposent certes que les marges de manoeuvre financières dégagées par l'Etat (grâce à la baisse des "cotisations fictives" de l'Etat employeur) soient, à terme, intégralement utilisées pour augmenter le traitement des fonctionnaires. Avant de concéder :
Nous ne sous-estimons pas le caractère extrêmement délicat d’une telle transition, en particulier en termes de crédibilité des engagements salariaux de l’Etat.Au vu de la façon dont s'est déroulée la réforme des régimes spéciaux, au cours de laquelle la question de la compensation salariale n'a (à ma connaissance) jamais été explicitement posée, la suspicion des fonctionnaires ne serait pas totalement illégitime.
Et c'est très problématique. Parce que l'opposition parlementaire actuelle a tout intérêt à se doter rapidement d'une contre-proposition innovante sur les retraites pour échapper à l'alternative entre le refus de toute évolution et le suivisme peu ou pas assumé de l'ajustement paramétrique que défendra le gouvernement. Parce que la réforme défendue par Piketty et Bozio pourrait fournir les bases de cette contre-proposition. Et que l'opposition prévisible des fonctionnaires au système proposé rend son adoption par le PS hautement improbable.
09 avril 2008
Depuis cet après-midi, je cherche à comprendre où est exactement le scandale à ce qu'une mesure de défiscalisation coûte grosso modo autant à l'Etat qu'elle ne rapporte aux salariés qui en bénéficient. En vain. Il faut dire que l'article du Monde qui révèle la teneur du rapport commandé par Didier Migaud sur l'efficacité de la loi TEPA n'est pas un modèle de clarté.
Petite consolation, en allant rechercher des infos un peu précises sur le mécanisme de défiscalisation des heures sup à la sauce TEPA, je suis tombé sur ce fabuleux graphique, contenu dans le rapport sur le projet de loi fait au nom de la Commission des finances par le député Gilles Carrez.

Ou quand les services de l'Assemblée se mettent au niveau d'un mauvais think-tank américain. Pas de quoi être fier.
Add. (10/04) : suprise! L'effet disparaît complètement une fois qu'on élargit l'échantillon (ce que nous avions déjà constaté il y a longtemps sur ces pages, mais comme les graphs ont disparu au moment du changement d'hébergeur, la note n'a plus grand intérêt).
Le graphique est chez Cynical Turtle, que je trouve bien cruel avec le gentil Gilles Carrez.
08 avril 2008
J'avais suffisamment protesté à l'époque pour ne pas me réjouir de la suppression envisagée de l'article 88-5 de la Constitution, qui dispose que :
Tout projet de loi autorisant la ratification d'un traité relatif à l'adhésion d'un Etat à l'Union européenne et aux Communautés européennes est soumis au référendum par le Président de la République.Mais il faut quand même rappeler que cette suppression ne peut se défendre sur le terrain de la commodité.
[l'article 88-5 : cet article n’est pas applicable aux adhésions faisant suite à une conférence intergouvernementale dont la convocation a été décidée par le Conseil européen avant le 1er juillet 2004]
On entend souvent dire, en effet, que la disposition en cause, qui visait implicitement la Turquie, obligerait à organiser un référendum pour permettre à des pays comme la Suisse ou la Norvège d'entrer dans l'Union européenne. Et donc à faire perdre son temps à un électorat qui, dans sa très large majorité, ne verrait pas d'objections à ces adhésions.
En fait, une lecture attentive du texte constitutionnel montre que l'obligation de passer par la voie du référendum ne s'applique qu'aux projets de loi autorisant la ratification d'un traité d'adhésion à l'UE. Il suffirait, comme l'avait souligné à l'époque le sénateur Patrice Gélard (et comme je me tue à le répéter depuis), de recourir à une proposition de loi pour s'en affranchir.
03 avril 2008
Les très fortes turbulences de marché et la crise internationale qui sévit particulièrement aux Etats-Unis ont des répercussions fortement atténuées en France.Christine Lagarde, Ministre de l'économie, le 3 avril 2008
Le monde est en pleine crise économique. La France a la privilège de ne pas être atteinte, tant s'en faut au même degré.André Tardieu, Président du Conseil, le 8 novembre 1929
01 avril 2008
Qui aurait cru que ce titre sonnerait aussi bien au piano? Maintenant, il ne reste plus au gamin qu'à s'essayer à ça :
The song structures on ...And Justice for All were so complex that the band apparently had some difficulty reproducing the songs precisely for their Damaged Justice tour shows. The band stated many times in subsequent years that this kind of difficulty was the primary reason for the relatively simpler song structures on their next album, Metallica. Hammett said: "One day after we played 'Justice' and got off the stage one of us said, 'we're never fucking playing that song again.'"Sinon - je suppose que je n'apprends rien à ceux des fans qui n'ont pas comme moi décroché avec St. Anger (et que les non-fans s'en moquent éperdument) - le fameux neuvième album qui commençait dangeureusement à prendre le chemin de Chinese Democracy devrait enfin sortir en septembre.
Les déclarations de James Hetfield, qui reconnaît à mots couverts la médiocre qualité des trois derniers albums, sont encourageantes. Les deux nouveaux morceaux déjà connus beaucoup moins.
NB : si je fais pas exploser l'audience avec un titre comme ça...
Nota melius : putain, 4 ans!
27 mars 2008
La prévision de croissance sur laquelle avait été bâtie le budget 2008 n'aura donc tenu que six mois. Mais le revers a au moins sa médaille, nous assure Christine Lagarde : "la France est un des pays européens qui résiste le mieux" à la dégradation de la conjoncture économique.
Et les commentateurs d'embrayer aussi sec, sur des airs allant du "l'Allemagne paye sa dépendance à la demande mondiale" au "la France va de toute façon tellement mal qu'il était difficile de tomber plus bas" (l'insupportable Marc Touati, un matin sur BFM).
En oubliant juste, mais cela devient une habitude, d'aller regarder les chiffres.
A regarder la conférence de presse donnée hier par Christine Lagarde (disponible pour la première fois en vidéo sur le site du

Effectivement, la France résiste mieux que l'Italie, que l'Allemagne et que la zone euro sur cet échantillon quand même bien réduit.
Le problème, en fait, est qu'il suffit de changer de dates et de prévisionnistes pour que la conclusion s'écroule. Comme toujours en pareil cas, le Poll of forecasters publié au début de chaque mois par le magazine-qui-fait-croire-aux-cons-qu'ils-sont-très-intelligents se revèle fort utile. En comparant par exemple les prévisions moyennes de septembre 2007 (mois où a été calé l'hypothèse de croissance du budget pour 2008) et de mars 2008 (dernier chiffre connu), on trouve ça :

D'un coup, l'exceptionnelle résilience de l'économie française apparaît tout de suite vachement moins frappante. Mais bon, déjà que les choses ne vont pas follement bien, on ne va pas non plus se ruiner le moral à se dire qu'on ne fait pas mieux que les autres. Non?



